Un continent dédié à la recherche – En savoir plus

L’Antarctique, nouvel eldorado touristique…

Qui l’aurait cru ? Le continent aux conditions météorologiques les plus hostiles de la planète est en train de devenir une zone de tourisme de masse. N’exagérons rien, le temps n’est pas encore venu où les complexes hôteliers s’installeront sur cette étendue recouverte de glace dans sa presque totalité, mais enfin… Les chiffres sont éloquents et donnent le tournis, surtout quand on sait que l’Antarctique n’a été découvert qu’à la fin du 19ème siècle. En 13 ans, le nombre de bateaux de tourisme a ainsi augmenté de plus de 300% ! Quant au nombre de visiteurs ayant physiquement posé le pied sur cette terre glacée, il a accru de plus de 900% en neuf ans !

Alors qu’il y a une quarantaine d’années, les embarcations qui croisaient là transportaient péniblement 50 passagers, les années 2000 ont donné l’habitude de voir des navires de plus de 3 500 personnes s’aventurer dans les eaux du « grand blanc ». Autre chiffre, autre vertige : 13 600 touristes en 2001-­2002 ; 32 000 en 2005-­2006… Et des activités à terre qui se sont développées aussi rapidement que la neige fond au soleil : ski, escalade, campement… Et plus de 1 000 personnes survolant le continent par les airs. Les arrêts sur des sites naturels sont donc de plus en plus nombreux et 98% d’entre eux se concentrent sur la péninsule antarctique, à l’endroit même où la faune et la flore sont à la fois les plus riches mais aussi les plus fragiles.

Il semble assez aisé de deviner les risques liés à une telle fréquentation touristique sur cette terre autrefois isolée qui constitue, on le sait désormais, un indicateur précieux de l’état de santé de la planète : périodes de reproduction animales perturbées, dégradation de zones de végétation sensibles au piétinement, pollutions liées aux accidents de navigation…

Les poissons des mers polaires ne gèlent pas…

Mystère : pourquoi les poissons qui nagent dans les mers polaires ne gèlent pas ? C’est vrai, après tout, certains poissons au nom imprononçable, les notothénioïdes, se la coulent plutôt douce dans des eaux dont la température peut être inférieure à 0°C sous glace, alors que les eaux salées gèlent pourtant à -­1,86°C.

Ces poissons, aussi connus sous le nom de poissons à antigel, sécrètent des protéines permettant à leur organisme de résister aux températures glaciales. Ils sont ce que l’on appelle des téléostéens, des poissons osseux. Présents dans toutes les mers avec près de 25’000 espèces différentes, 295 d’entre elles se retrouveraient en Antarctique.

Ces poissons bénéficient en fait de caractéristiques adaptatifs tout à fait remarquables : perte de la vessie natatoire, cette poche d’air servant de flotteur ; rythme physiologique ralenti compensé par une plus grande consommation d’oxygène ; et surtout, acquisition de protéines qui jouent, dans leur sang, un rôle d’antigel qui leur permet de vivre jusqu’à -­2,2°C!

Des protéines qui pourraient bien avoir un rôle à jouer, un jour, au niveau de la médecine. Leur hyperactivité pourrait ainsi servir à la conservation d’organes ou à la cryochirurgie, cette technique consistant à détruire des cellules tumorales par congélation…

 

Le comble du poisson des glaces

Il a survécu au pire, ou presque : celui que l’on appelle le poisson des glaces, ou poisson antarctique, a su s’adapter aux eaux polaires de l’Antarctique il y a des millions d’années par le développement de protéines antigel. Durant cette période, il y a 35 millions d’années, la terre avait subi une phase de refroidissement global et une centaine d’espèces de poissons des glaces avaient su s’y confronter.

Aujourd’hui, avec quelque 20’000 espèces de poissons dans le monde, on estime à moins de 300 le nombre à vivre dans l’océan Austral. Parmi elles, donc, ce fameux poisson des glaces caractérisé par un sang blanc puisque ne contenant pas d’hémoglobine. Or, voilà ce poisson confronté à un problème de taille: son environnement se réchauffe, l’océan Austral comptant parmi les écosystèmes les plus fragiles face au changement climatique. De quelle manière ces poissons si particuliers, rescapés des froids d’antan, vont-­ils faire marche arrière afin de surmonter, cette fois-­ci, une hausse des températures ?

Une vraie question sans réponse qui pourrait bien accoucher de problèmes majeurs : ces poissons menacés sont à la base de toute la chaîne alimentaire de l’Antarctique. Pingouins, phoques, certaines baleines, s’en nourrissent allègrement… Mais s’ils venaient à disparaître ?

 

Coup de chaud sur la planète, problème de fond pour les océans

L’augmentation de la température de certaines régions océaniques est une des conséquences du réchauffement global du climat. Des analyses de prélèvements de glace indiquent d’ailleurs que ce siècle est le plus chaud depuis 600 ans. Si cette augmentation concerne les eaux de surface qui sont en perpétuel échange avec l’atmosphère, les eaux plus profondes, elles aussi, subissent les conséquences du réchauffement climatique sur une échelle de temps bien plus longue.

A un niveau plus global, c’est-­à-­dire si l’on considère l’intégralité de l’océan mondial (70% de la planète), les scientifiques s’attendent à une augmentation de 2°C de la température des eaux de surface d’ici la fin du siècle.

Localement, cette poussée de fièvre ne sera pas uniforme, tant en terme d’intensité que de vitesse de réchauffement. Des zones comme l’océan Arctique verraient leurs températures augmenter de manière bien plus importante que d’autres.

L’accroissement des températures de l’air et de l’eau de surface provoque de véritables modifications physiques et biologiques qui ne sont, bien entendu, pas sans effet sur les populations marines. Ainsi, par exemple, la migration des espèces vers les pôles, phénomène déjà observé dans l’Atlantique Nord, provoque des modifications dans l’écologie des espèces. Les marins-­pêcheurs en savent quelque chose et mesurent les conséquences directes du phénomène sur la pêche.

Cette température en hausse est également à conjuguer avec le niveau des mers qui s’est élevé de 10 à 25 centimètres. Un exemple, un seul : à plus long terme les récifs coralliens des Caraïbes risquent de disparaître ainsi que les espèces qu’ils abritent.

Les scientifiques estiment que cette accélération relativement rapide de la température l’eau de mer pourrait surprendre des espèces qui manqueraient de temps pour s’adapter.

Le navigateur Bernard Stamm ira -­avec modération- bien sûr flirter ­avec les glaciers du Grand Sud sur ce Vendée Globe. Équipé d’un mini laboratoire océanique, et en partenariat avec Océanopolis, il espère bien exciter la matière grise du monde de la recherche. Océanopolis Brest, océanographes et marins sont d’accord sur un point : le destin de la terre se lit au fond de la mer.

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