Le Pot au noir

Insondable Pot au Noir

La mer est pleine de cauchemars pour qui y navigue : des caps, dont le franchissement peut s’avérer violent ; des courants, dont la force fait craindre le pire… Et puis, il y a lui. Lui. Celui que les navigateurs surnomment le Pot au Noir. Celui que les météorologistes définissent comme une “zone de convergence intertropicale”. Soit deux noms qui ne disent pas grand chose au commun des mortels. Explications.

D’un point de vue géographique, donc, ce Pot au Noir est un lieu météorologique d’une très grande variabilité, caractérisé par une alternance de grands calmes, d’averses violentes, par une couverture nuageuse dense, par un taux d’humidité à faire pâlir une forêt équatoriale. En permanence, cette zone change de forme, de fond. Elle est le théâtre des affrontements entre les alizés de l’hémisphère nord et ceux de l’hémisphère sud : les premiers soufflent du nord-­‐est, les seconds du sud-­‐est. A cela se rajoute le fait que le Pot au Noir, puisque situé à proximité de l’équateur, subit une hausse de la température de l’eau et de l’air rapide, qui a pour but de générer une forte évaporation. Le taux d’humidité grimpe alors à quasiment 100%… Et, là où l’on parle de vapeur d’eau, l’on parle aussi forcément de nuages…

“Le ciel bas et lourd pèse comme un couvercle”, écrivait Baudelaire, et le vers semble tout droit destiné au Pot au Noir. Souvent, la couverture nuageuse qui s’étire en ce lieu est terrible : visibilité réduite, pluies de cordes, vents violents… Et puis, l’instant d’après, ces mêmes vents retombent comme des soufflets, laissant la mer calme et le navigateur collé… Oui, parce que le Pot au Noir fait donc partie des cauchemars du marin. Déjà, dans les temps anciens, la zone allait avec son lot de légendes, de récits cruels de marins en dépression et d’animaux malades passés par-­‐dessus bord pour éviter la contamination. Car, si l’on ne passe pas le Pot au Noir, le résultat est simple : on s’y englue. Et il faut parfois des semaines entières pour le franchir. Une catastrophe. Les deux tiers des hommes de Vasco de Gama, au moment de rejoindre les Indes entre 1497 et 1498, furent victimes du scorbut, tant le franchissement du Pot au Noir leur prit du temps… Pour les coureurs à la voile océanique, le destin n’est somme toute pas aussi funeste, mais n’est pas plus drôle pour autant. Ils savent quand ils vont entrer dans cette zone, celle-­‐ci, avec ses nuages noirs, s’apercevant de très loin, mais ne savent jamais comment et quand ils en sortiront. Les vents passent de 0 à 35 nœuds en quelques secondes, la zone s’étire un jour et se rétracte le lendemain… Une vraie gageure, ce Pot au Noir.