L’alimentation: facteur de réussite d’un tour du monde

Manger, boire, cuisiner… à terre ces actions sont souvent liées au plaisir d’un bon repas partagé, pour lequel on suspend le temps. Mais en mer, elles prennent généralement des allures d’obligations auxquelles il est impératif et si difficile de se tenir quand les conditions de navigation chahutent le marin et que son plan de travail se limite à un réchaud et une bouilloire. La plupart des solitaires vous le diront, s’alimenter en mer relève souvent de la contrainte, voire même de l’exploit. Pour autant, à l’échelle d’un Vendée Globe, la nourriture représente un élément clé qui n’est en rien à négliger.

Ainsi, en cette période de derniers préparatifs vient s’ajouter aux aspects techniques, sportifs, météorologiques liés au Vendée Globe, le facteur alimentation. Au sein du Team Cheminées Poujoulat, c’est à Catherine Rouge que revient cette grande responsabilité. En charge de l’avitaillement de son compagnon de marin depuis une quinzaine d’années, elle en connait les difficultés et les contraintes. Car à chaque navigateur ses petites habitudes et ses goûts ! « C’est toujours compliqué parce que Bernard n’a pas faim en mer et qu’il faut se démener pour lui donner envie de manger. Il faut généralement faire pas mal de petites portions. Son programme d’alimentation repose sur l’expérience et l’intuition ». Côté organisation, le skipper du monocoque va donc partir avec 85 sacs… pour 85 jours. Chacun de ces paquetages quotidiens sera un indicateur de ce qu’il doit manger, pas plus, mais idéalement pas moins. Adapté à la météo rencontrée aux différentes étapes de son tour du monde, le contenu tiendra compte aussi bien de la chaleur rencontrée à l’équateur, que du grand froid attendu pendant six semaines, entre l’Afrique du Sud et le Cap Horn. Les calories seront donc ajustées en conséquence, d’un extrême à l’autre, de 3 500 à 5 000.

Fondue et kouign aman pour le plus breton des Suisses !

Chaque jour, le Suisse aura un petit déjeuner constitué soit d’une bouillie lyophilisée, soit d’un mélange de céréales et de lait en poudre à réhydrater avec de l’eau. Dans le sac également, 4 sachets de fruits secs par jour, 6 barres de céréales plus ou moins nourrissantes, 1 compote, 1 morceau de fromage, de la viande séchée ou une autre charcuterie, 1 ou 2 plats chauds en fonction de la température. Tous les dimanches, Bernard pourra s’offrir l’un de ses pêchers mignons, en dégustant une boite de thon à l’huile, et une boite de pâté Hénaff chaque mercredi. Noël et Jour de l’An obligent, le froid gras sera au menu, alors que pour célébrer son anniversaire et la fin de l’année, Catherine aura pris soin de lui glisser deux fondues lyophilisées… pour des menus suisses même en mer ! Côté desserts, son choix se portera sur des crèmes vanille ou des yaourts à réhydrater, ou des crèmes chocolats achetées dans le commerce… de celles qui font la joie des enfants ! Ajoutons à cela les produits frais, fruits et légumes, embarqués au dernier moment, deux gros pains cuit spécialement pour les marins par un célèbre boulanger finistérien et – comble de la gourmandise – un morceau de kouign aman conditionné sous vide à déguster toutes les deux semaines.

Entouré d’eau pendant près de 80 jours, Bernard Stamm pourra s’hydrater en mélangeant des poudres énergisantes à l’eau produite par le déssalinisateur du bord, des tisanes ou des soupes. Enfin, les petites attentions devraient venir se nicher dans les recoins du bateau, les filles du navigateur prenant en charge les cachotteries à coup de sachets de bonbons réconfortant pour leur papa.